Ces derniers jours, l’OTAN a été plongée dans une nouvelle crise après que l’administration Trump s’en est prise aux membres européens de l’alliance, leur reprochant de ne pas en faire assez pour aider les États-Unis à mener leur guerre en Iran.
Les propos tenus par de hauts responsables américains ont été frappants. Trump a déclaré à Reuters qu’il éprouvait du « dégoût » envers l’OTAN, l’a qualifiée de « tigre de papier » au Telegraph, et a même menacé de retirer complètement les États-Unis de l’alliance. Dans le même temps, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a laissé entendre que Washington pourrait devoir reconsidérer l’intérêt de son adhésion :
Nous allons devoir réexaminer si cette alliance, qui a bien servi ce pays pendant un certain temps, remplit toujours cet objectif — ou si elle est devenue une voie à sens unique où l’Amérique se trouve simplement en position de défendre l’Europe. Lorsque nous avons besoin de l’aide de nos alliés, ils nous refusent les droits de stationnement et de survol.
Puis, mercredi, lors d’un déjeuner de Pâques quelques heures avant un discours national très attendu, Donald Trump est allé encore plus loin, affirmant que les alliés américains de l’OTAN ne soutiendraient pas les États-Unis en cas de guerre avec la Chine :
J’ai appris des choses sur l’OTAN. L’OTAN ne sera pas là si jamais nous avons affaire au grand – vous voyez ce que je veux dire. Espérons que ce ne sera pas le cas. J’ai de très bonnes relations avec le grand – meilleures qu’avec l’OTAN.
L’Europe trace la ligne
D’une manière générale, l’administration semble avoir deux griefs principaux à l’encontre de l’OTAN pour le moment.
Le premier concerne les décisions de plusieurs pays européens de limiter l’utilisation par les États-Unis de leurs bases et de leur espace aérien. L’Espagne, par exemple, aurait fermé son espace aérien aux avions américains impliqués dans la guerre contre l’Iran. L’Italie a refusé le droit d’atterrissage à plusieurs bombardiers américains à la base de Sigonella, dans l’est de la Sicile, tandis que la France a empêché Israël d’utiliser son espace aérien pour transporter des armes américaines destinées au conflit.
Ces gouvernements affirment que de telles restrictions sont nécessaires pour rester en conformité avec le droit international. Washington, cependant, y voit un manque de solidarité envers un allié.
Le détroit d’Ormuz, point chaud
La deuxième question concerne la réticence de l’Europe à contribuer à la réouverture du détroit d’Ormuz. Cette étroite voie navigable entre l’Iran et Oman relie le golfe Persique au golfe d’Aden et, par extension, aux marchés mondiaux. En temps normal, environ 20 % du pétrole et du gaz mondiaux y transitent.
Depuis le début de la guerre, cependant, le trafic s’est effondré. L’Iran a lancé des frappes de missiles et de drones contre les navires en transit et a déclaré que le passage nécessitait désormais l’autorisation iranienne.
Les responsables américains ont avancé trois arguments principaux pour exhorter les membres européens de l’OTAN à s’impliquer.
Les arguments de Washington — et la réponse de l’Europe
Premièrement, ils affirment que les alliés européens sont tenus de soutenir les États-Unis. Mais cet argument est peu convaincant. L’article 5 de l’OTAN ne s’applique que lorsqu’un membre est attaqué — et non lorsqu’il lance une action militaire.
Deuxièmement, ils affirment que l’Europe a une « dette » envers les États-Unis pour leur soutien en Ukraine. Cet argument est difficile à défendre, étant donné que l’administration Trump a retiré la majeure partie de son aide militaire à Kiev et a passé une grande partie de l’année dernière à adopter une approche plus conciliante envers Moscou. Plus généralement, le soutien américain à l’Ukraine a toujours été motivé principalement par les intérêts stratégiques américains plutôt que par un quelconque sentiment d’obligation envers l’Europe.
Troisièmement, Washington fait valoir que la réouverture du détroit est dans l’intérêt économique même de l’Europe. Si l’Europe dépend effectivement des flux énergétiques transitant par la région, la réalité est plus complexe. La majeure partie du pétrole transitant par le détroit est destinée à l’Asie, et toute perturbation entraîne principalement une hausse des prix mondiaux, affectant aussi bien les États-Unis que l’Europe.
Le statut des États-Unis en tant que grand producteur de pétrole ne modifie pas fondamentalement cette dynamique.
La hausse des prix peut profiter aux entreprises énergétiques américaines, mais elle a un impact négatif net sur l’économie dans son ensemble et sur les consommateurs.
Pourquoi l’Europe reste en retrait
Peut-être plus important encore, les gouvernements européens doutent qu’une implication plus profonde dans le conflit permette réellement de rouvrir le détroit. Pour y parvenir, il faudrait probablement soit la capitulation de l’Iran, soit un règlement négocié — deux options qui ne semblent pas imminentes. Au contraire, une escalade pourrait compliquer la diplomatie tout en augmentant le risque d’une guerre plus large.
Cela aide à expliquer la réticence générale de l’Europe à s’engager. Même les gouvernements fortement pro-américains hésitent à entrer dans un conflit sans objectifs clairs ni stratégie de sortie.
Est-ce la fin de l’OTAN ?
Formellement, non. En vertu d’une législation américaine récente, le président ne peut se retirer unilatéralement de l’OTAN sans un vote des deux tiers du Sénat ou l’approbation distincte du Congrès.
Dans la pratique, cependant, l’alliance semble de plus en plus fragile. Les États-Unis estiment clairement que leurs alliés européens ne font pas leur part, tandis que beaucoup en Europe doutent que Washington réagirait de manière adéquate à une crise relevant de l’article 5.
Même sans retrait officiel, les États-Unis pourraient réduire leur engagement — en diminuant leurs déploiements de troupes et en se désengageant des structures de l’OTAN. Une telle mesure ne reviendrait pas à quitter l’alliance, mais pourrait la vider de sa substance.
Une alliance de nom seulement ?
L’OTAN n’est peut-être pas morte. Mais dans son état actuel, elle commence à ressembler moins à une alliance militaire cohésive qu’à un arrangement politique fragile — un arrangement qui persiste sur le papier, alors même que l’unité qui le sous-tend est soumise à des tensions croissantes.

